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Les Jardins du Roi : un film (pas tellement) historique

Le 11 mai 2015, 09:07 dans cinéma 0

Sous Louis XIV, la construction de Versailles bat son plein. Tout le monde est mobilisé pour construire une demeure à la hauteur du Roi excentrique. Les fameux jardins représentent un énorme challenge, et c’est André Le Nôtre qui s’y colle pour rendre les lieux grandioses.

 

Voilà pour le rappel historique… SAUF que le film est tout sauf historique. Les incohérences se multiplient. Ceux qui veulent apprendre des choses sur le XVIIe siècle, passez votre chemin.


Pour commencer, Le Nôtre choisit une femme pour se charger de la création du Bosquet des Rocailles. A une époque où la femme n’était pas tout à fait l’égal de l’homme, on a quand même du mal à y croire. Mais en plus, Sabine est une fille super badass pour son temps, qui ne passe pas sa vie en tant que mère porteuse comme les autres, mais qui travaille à son compte comme jardinière paysagiste. Soit.
Et ça n’est pas fini : Sabine ose faire la leçon au Roi Soleil, gentiment, certes, mais tout de même. Dans la réalité, Louis XIV l’aurait envoyé illico en camp de vacances dans un couvent plutôt que de la laisser continuer à rempoter les fleurs.

 

Pour la suite de l’histoire, pas de grandes surprises. Kate Winslet interprète Sabine,  et Matthias Schoenaerts Le Nôtre ; on sent dès le début que les deux ne vont pas se contenter de parler géranium pendant 1h56.
Leur histoire d’amour est donc le point central du film, la seule chose valable d’ailleurs du long-métrage. Leur interprétation est touchante, et leur osmose palpable. Un duo tout à fait convaincant à l’écran.
Ça, c’est pour le côté romantique. Maintenant, la réalité : Sabine de Barra, aussi sympathique soit-elle, n’a jamais existé. Concernant Le Nôtre, l’homme s’approchait bien des 70 ans à la fin de la construction des fameux jardins. S’il avait voulu être au plus près de la réalité, le film aurait dû être une romance entre grabataires incontinents. Moins glamour pour un film hollywoodien, on en convient. Contrairement au film, Le Nôtre était aussi plus âgé que le Roi Soleil, étant de 25 ans son aîné.

Alors, oui, ça fait déjà un peu mal. Parlons de la Cour du Roi maintenant. Il faut rappeler que les hommes se rapprochaient plus de travestis maquillés comme des carrosses volés que d’hommes virils (désolé Matthias). Mais ici, le réalisateur a un peu lissé le côté Cage aux Folles qui ne passait pas à l’écran. D’ailleurs, le beau Le Nôtre ne porte pas de perruque, mais personne ne dit rien. C’est sûr que Matthias en perruque et fardé de rouge à lèvre comptant fleurette  à Kate Winslett, ça n’aurait pas donné le même effet…

 

ET CE N’EST PAS FINI ! Sans vouloir casser le côté bien-pensant du film sur la relation parents-enfants du XVIIe siècle, il faut quand même rétablir la vérité. A l’époque, les gosses, on n’en avait rien à carrer. D’ailleurs, on les faisait à la pelle parce qu’il n’était pas rare que Jean Philipe 1 meurt de variole, alors on faisait un Jean-Philippe 2 en espérant que celui-là tienne un peu plus longtemps. Bref, on ne s’attachait pas aux enfants, qui étaient d’ailleurs considérés comme de petits adultes. La scène émouvante où les mères énumèrent leurs enfants disparus la larme à l’œil est donc quelque peu exagérée.

 

Pour finir : le réalisateur est Alan Rickman. Le Roi Soleil est interpréter par… Alan Rickman… Coïncidence ? Je ne crois pas… Et pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu : Alan Rickman n’est autre que… Rogue de la saga Harry Potter (un peu empâté depuis). Alors forcément, on pouvait se douter qu’il y aurait anguille sous roche.

 

Le plus : Les boiseries sont du style Louis XV et non Louis XIV (oui je me la pète).

 

Crédits photos : Allociné / forum.doctissimo.fr

Birdman : quand l’Homme-Oiseau se fait plumer, ça donne un Oscar

Le 28 février 2015, 16:52 dans TV Ciné 0

 

 

Riggan Thomson était un acteur célèbre. Mais ça, c’était avant. À l’époque, il jouait Birdman, un super-héros déguisé en… piaf (chacun son truc). Et comme on aime les hommes en collants au ciné, célébrité et argent n’ont pas tardé à lui tomber dessus. Puis, plus rien. No man’s land. Le super-héros a laissé place à un super-loser, se reposant uniquement sur sa gloire passée. Dans un dernier élan, il tente de revenir sur le devant  de la scène en montant une pièce à Broadway…
Le besoin de reconnaissance permanent, le sentiment d’une vie gâchée, la sensation de n’avoir jamais eu de talent… tout ça lui monte légèrement au bec, et Riggan devient sacrément ravagé du cerveau.
Le film pointe aussi les dérives de notre société, où pour être un bon acteur, il faut surtout faire le buzz. C’est ça que les spectateurs veulent voir, avides de people plus que de belles performances.

 

Méconnaissable dans la peau de Riggan, Michael Kaeton (oui, celui qui ressemblait à s’y méprendre à Julien Lepers) est impressionnant dans le rôle de l’acteur paumé. Il a les yeux hagards, le regard fou, et l’allure inquiétante. On pense forcément à son propre passé, puisque l’acteur s’est glissé par 2 fois dans le costume Batman dans les films de Tim Burton, avant de passer par une carrière moins célèbre. Le film y fait d’ailleurs quelques clins d’œil bien senti, alors tendez l’oreille !
La pétillante Emma Stone (vue dans le dernier Woody Allen), est ici métamorphosée… les yeux étrangement globuleux, elle est très convaincante en ex-junkie paumée, privée de tout repère paternel, et dont le passe-temps principal consiste à faire des points sur des rouleaux de PQ. Et si vous aimez Edward Norton, vous allez vous régaler : il est très en forme en comédien nombriliste, qui ne se remet jamais en question, pas même quand, sur scène, et devant des centaines de spectateurs, surgit de son pantalon une énorme trique (aaah mesdemoiselles, ça y est ce film vous intéresse ?)

 

 

La caméra, elle, suit constamment les personnages, et ses mouvements ininterrompus donnent le vertige. Rarement fixe, elle rappelle le tourbillon incessant qui anime ce monde de paillette.  La musique est un son, celui d’une batterie qui accélère au rythme des émotions tourmentées du personnage. Le mélange des deux rend mal physiquement, et donne presque la nausée (et non, je n’avais pas bu avant). On est au plus près du personnage, on ressent son mal être.

 

On comprend pourquoi Birdman, a volé jusqu’au Oscars : étrange et cinglant, il est vraiment unique, et qu’on aime ou pas, on ne peut que l’avouer.

 

 

 

Sources images : youtube.com / avoir-alire.com / io9.com / stocklandmartelblog.com

 

 

 

La vie, c'est comme une boîte de chocolat...

Le 26 novembre 2013, 21:25 dans mini story 0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Mme Martin habite dans son petit trois pièce. Seule. C’est bien ici, c’est propre, et puis elle aurait peur de se perdre si c’était plus grand. Ça lui rappelle son enfance, elle habitait là, juste au-dessus avec sa maman et sans son papa. Le matin, elle se lève et allume la radio pour écouter la météo des plages. Elle n’y a jamais été là-bas. Mais ça la fait rêver. Et puis la dame qui parle a une jolie voix. Une voix de femme qui sent bon le rouge à lèvre et la bonne humeur. Elle en a un aussi, Mme Martin. De rouge à lèvre. Un peu vieux. Mais toujours intact. De temps en temps elle le sort, juste pour essayer. C’est moche. Alors elle se passe les lèvres sous l’eau et elle va à la cuisine. Elle se penche et elle prend, dans son placard, tout au fond, une plaquette de chocolat déjà entamée, et elle prend un petit carré vite avalé. Deux, c’est mieux.

La journée, elle sort toujours. Elle va à la supérette du coin. Là-bas, c’est bien. Elle croise des gens et elle parle de la pluie et du beau temps entre deux paquets de chips. Et elle rentre. Son cabas est lourd, mais elle est courageuse. Quelqu’un lui demande l’heure. Comme ça, dans la rue. Elle accélère, il ne faut pas parler à des inconnus. On ne sait jamais. Elle n’a pas envie de finir ficelée au fond d’une cave pour une question d’heure. Elle rentre chez elle. Vite, elle range amoureusement ses nouvelles plaquettes de chocolat. Ferme le placard. L’ouvre. Le chocolat ça déstresse, c’est bon pour la santé, c’est vrai, c’est eux qui l’ont dit à la télé. C’est bon mais ça fait du gras. Elle se pose dans son canapé. Elle est bien là. Seule. Elle allume la télé. Une émission d’amour. Elle l’amour, elle s’en fiche. Trop compliqué. Elle n’a pas le temps à ça. Alors elle prend un petit carré de chocolat délicatement entre ses lèvres et regarde ces gens derrière l’écran qui font des histoires pour pas grand-chose. Elle est bien là. Seule.

 

Plus tard, un peu plus tard, beaucoup plus tard, quelqu’un rentre chez Madame Martin en cassant la porte. Un monsieur en uniforme avec d’autres monsieurs en uniforme et des voisins derrière qui regardent timidement. Madame Martin est là. Dans son fauteuil où elle est si bien. Elle ne se retourne pas pour voir qui est là. Il y a plein de papiers de chocolat par terre. C’est sale. Et un tube de rouge à lèvre gise sur le sol parmi tout ça, sous la main pendante de madame Martin. La télé est allumée. Ça fait un bout de temps maintenant. Mais Madame Martin s’en fiche, elle est bien là, affalée dans son fauteuil. Seule.

 

Photo de Oliver Anderson : http://www.flickr.com/photos/oliveralex/9866177554/

 

 

 

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